laps 12














C’est le soir.
des corneilles hurlent sur la place
cris de rires crachés aux arbres
coups de pioche au silence.
Sous les branches un enfant minuscule marche, jette un pied après l’autre
Pris encore dans la gangue de ses premiers pas.

Il avance : trois pas et puis se penche.
Il repart : trois pas encore et se penche,
marche à nouveau, puis s’arrête et se penche encore…

Il se tait
retient ce petit couinement de plaisir
qu’il pourrait lâcher ainsi penché – extasié,
sur ses chaussures
neuves
roses
superbes !

Des corneilles hurlent
c’est le soir
souliers roses au bord du noir.

josiane gelot

lq







ville et lumière



Tombée du jour la nuit sort de l’ombre le noir vient par les toits cerne les murs les aligne au cordeau de leurs arêtes. Le noir va fondre sur la ville mais soudain la lumière grimpe aux arbres le feu couve la nuit s’éclaire.

Ou est le noir ?

La lumière vient à la ville. Sur un toit le rouge à grands traits, jambages monstrueux pour ne rien dire que l’arrogance. Sous les projecteurs des murs sont léchés, caressés, façades grimées pour la nuit, maquillées à grandes lampées d’ambre de rose et de violine.

Ou est le noir ?

Feuilles boueuses hachées menu, reflets huileux d’après la pluie, sous mes pas dans une flaque un néon boit : flaque bleuie gorgée de méthylène.

Ou est le noir ?

La-haut, de colline en colline la ville bombe son grand torse et se jette à l’eau. La ville prend l’eau l’eau prend la ville, reflets en fourreaux mordus par le courant, convulsions de couleurs de lumières la ville se tord dans l’eau, folle, la ville se danse dans l’eau, orgie muette, se tait dans l’eau, plonge, étreint le fond le noir peut-être.

C’est fini.

Matin d’hiver, brouillard. Ereintée de lumières, la ville se voile, veuve blanche.

josiane gelot





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